Dojo Kun

 

Le Dojo Kun du Shorei-kan : les six principes qui guident notre pratique

Introduction — Plus qu'un règlement, une direction

Lorsqu'un débutant arrive dans un dojo de karaté, il découvre rapidement un certain nombre de règles : saluer en entrant, respecter son professeur et ses partenaires, écouter les consignes, prendre soin du dojo, travailler avec sérieux.

Mais le karaté Shorei-kan ne se résume pas à ces règles de comportement.

Au cœur de notre pratique se trouve le Dojo Kun, un ensemble de six principes qui donnent une direction à notre progression.

Le Dojo Kun est souvent évoqué à la fin de l'entraînement. Il constitue une boussole : il nous rappelle pourquoi nous pratiquons et ce que nous cherchons à développer à travers le karaté.

Le Dojo Kun du Shorei-kan comprend six préceptes :

Hitotsu, Reisetsu o totobu beshi
Hitotsu, Wa no kokoro o yashinau beshi
Hitotsu, Nintai suru koto o manabu beshi
Hitotsu, Shōjin ni tessu beshi
Hitotsu, Kokoro to waza no ichi ni tsutomubeshi
Hitotsu, Karate-dō no shinjō o seikatsu ni ikasu beshi

Une traduction simple, adaptée à la pratique quotidienne, pourrait être :

  1. Sois toujours courtois et respectueux.
  2. Cultive un esprit pacifique.
  3. Apprends à être patient.
  4. Efforce-toi de devenir une meilleure personne.
  5. Développe dans la même proportion l'esprit et la technique.
  6. Applique les principes du karaté à ta vie quotidienne.

1. Le Dojo Kun pour le débutant

Quand on commence le karaté, les six principes peuvent sembler très simples. Et pourtant, ils donnent déjà une direction essentielle à la pratique.

1. Reisetsu o totobu beshi

Sois toujours courtois et respectueux

Le premier principe nous rappelle que le karaté commence par le respect.

Respecter son professeur, bien sûr, mais aussi son partenaire, les anciens du dojo, les débutants et finalement soi-même.

Le salut que nous faisons avant de commencer un exercice n'est donc pas simplement une tradition japonaise.

Il signifie :

« Je reconnais la personne qui est devant moi et je vais travailler avec elle sans chercher à lui nuire. »

Dans le dojo, nous apprenons également à attendre notre tour, à écouter, à ne pas interrompre et à accepter les corrections.

Mais le véritable objectif est que cette attitude dépasse les murs du dojo.

Être respectueux au dojo et agressif ou méprisant à l'extérieur n'aurait évidemment aucun sens.

Le premier enseignement du Dojo Kun est donc très concret :

Le karaté doit nous rendre plus respectueux, pas simplement plus fort.

2. Wa no kokoro o yashinau beshi

Cultive un esprit pacifique

Le deuxième principe est particulièrement important dans un art martial.

Le karaté nous apprend à frapper, bloquer, esquiver, contrôler et combattre.

Mais apprendre à combattre ne signifie pas rechercher le conflit.

Au contraire.

Plus nous progressons dans notre pratique, plus nous devons développer notre capacité à éviter le conflit lorsque cela est possible.

Le véritable contrôle n'est pas seulement la capacité de contrôler une technique.

C'est aussi la capacité de contrôler sa colère, son ego et son agressivité.

Un pratiquant peut devenir techniquement très efficace tout en restant calme.

C'est même l'un des objectifs de la pratique.

La maîtrise du karaté doit progressivement conduire à la maîtrise de soi.

3. Nintai suru koto o manabu beshi

Apprends à être patient

Le karaté demande du temps.

Au début, les mouvements sont difficiles. On oublie les positions, les déplacements, les techniques de respiration, les katas...

Puis, progressivement, le corps apprend.

Mais cette progression n'est jamais linéaire.

Il y a des périodes où l'on progresse rapidement et d'autres où l'on a l'impression de ne plus avancer.

Le Dojo Kun nous rappelle alors une chose essentielle :

il faut continuer.

La patience n'est pas simplement attendre.

C'est continuer à travailler malgré la lenteur des résultats.

C'est accepter de refaire cent fois le même mouvement pour qu'un jour il devienne naturel.

C'est aussi accepter que chacun possède son propre rythme.

4. Shōjin ni tessu beshi

Efforce-toi de devenir une meilleure personne

Ce principe dépasse encore davantage la technique.

Le karaté n'a pas seulement pour objectif de fabriquer de meilleurs karatékas.

Il doit contribuer à faire de nous de meilleures personnes.

Cela peut signifier être plus patient, plus attentif, plus courageux, plus humble ou simplement plus capable de reconnaître ses propres erreurs.

La progression d'un pratiquant ne se mesure donc pas uniquement au nombre de techniques qu'il connaît ou au grade qu'il porte.

Une question beaucoup plus importante peut être posée :

Suis-je aujourd'hui une meilleure personne que lorsque j'ai commencé le karaté ?

5. Kokoro to waza no ichi ni tsutomubeshi

Développe l'esprit et la technique ensemble

C'est probablement l'un des principes les plus importants pour comprendre la philosophie du Shorei-kan.

Le karaté possède une dimension technique : les kihon, les kata, le kumite, la respiration, les déplacements, le travail du corps...

Mais il possède également une dimension intérieure : concentration, patience, maîtrise de soi, attention, respect et stabilité émotionnelle.

Il ne faut pas développer l'un au détriment de l'autre.

Un pratiquant peut avoir une excellente technique mais manquer de contrôle.

Un autre peut être très calme et respectueux mais ne pas travailler sérieusement sa technique.

Le Dojo Kun nous invite à rechercher les deux.

Le corps apprend la technique pendant que l'esprit apprend à la maîtriser.

6. Karate-dō no shinjō o seikatsu ni ikasu beshi

Applique les principes du karaté à ta vie quotidienne

C'est peut-être le principe le plus important des six.

Pourquoi apprendre le respect pendant une heure au dojo si nous ne sommes pas capables de respecter les autres dans notre vie quotidienne ?

Pourquoi apprendre la patience pendant l'entraînement si nous perdons immédiatement notre calme dans notre vie professionnelle ou familiale ?

Pourquoi travailler la maîtrise de soi si nous ne savons pas contrôler nos réactions lorsque nous sommes confrontés à une difficulté ?

Le véritable test du karaté n'est donc pas nécessairement dans le dojo.

Il est après le dojo.

Lorsque nous quittons le tatami, nous devons emporter avec nous ce que nous avons appris.

C'est là que le Karate-dō, la « voie du karaté », prend tout son sens.

Le Dojo Kun pour une ceinture noire

Pour un débutant, le Dojo Kun peut être compris comme un ensemble de règles de bonne conduite.

Pour une ceinture noire, cette lecture devient insuffisante.

Après plusieurs années de pratique, il ne s'agit plus simplement de respecter le Dojo Kun.

Il s'agit de comprendre que les six principes décrivent en réalité une seule et même progression.

Et surtout, ils ne sont pas six objectifs indépendants.

Ils se répondent.

De la politesse à la maîtrise de soi

Le premier principe nous demande le respect.

Le deuxième nous demande de cultiver la paix.

Le troisième nous apprend la patience.

Le quatrième nous demande de progresser humainement.

Le cinquième nous demande d'unir esprit et technique.

Le sixième nous demande de transporter tout cela dans notre vie.

On peut alors lire le Dojo Kun comme un chemin :

Respect → Paix → Patience → Transformation personnelle → Unité du corps et de l'esprit → Vie quotidienne

Cette lecture change profondément la manière dont on pratique.

La ceinture noire ne termine rien

Une ceinture noire peut donner l'impression d'être arrivée au sommet.

En réalité, elle peut être considérée comme le moment où la pratique change de nature.

Le débutant cherche principalement à apprendre quoi faire.

La ceinture intermédiaire cherche à comprendre comment le faire.

La ceinture noire commence progressivement à s'interroger sur :

Pourquoi le faire ?

Cette question est fondamentale.

Pourquoi cette posture ?

Pourquoi cette respiration ?

Pourquoi cette distance ?

Pourquoi cette tension ?

Pourquoi ce relâchement ?

Pourquoi cette attitude avec mon partenaire ?

Pourquoi cette manière de réagir ?

La technique devient alors un moyen d'exploration.

Kokoro et waza : le cœur et la technique

Le cinquième précepte mérite une attention particulière :

Kokoro to waza no ichi ni tsutomubeshi.

Kokoro peut être traduit par le cœur ou l'esprit.

Waza désigne la technique.

L'objectif n'est donc pas simplement de posséder une technique parfaite.

Il s'agit de parvenir progressivement à une situation dans laquelle l'état intérieur et l'action technique ne sont plus séparés.

Prenons un exemple simple.

Un pratiquant peut connaître parfaitement un kata.

Il connaît les déplacements.

Il connaît les positions.

Il connaît les techniques.

Mais s'il réalise le kata uniquement comme une succession mécanique de mouvements, quelque chose manque.

À l'inverse, un pratiquant peut avoir une grande présence, une excellente respiration et une forte concentration, mais une technique encore imparfaite.

Le travail de la ceinture noire consiste progressivement à rapprocher ces deux dimensions.

Le corps exprime alors ce que l'esprit comprend.

Le Dojo Kun et le kumite

Cette distinction devient particulièrement intéressante dans le kumite.

Lorsque tout se déroule comme prévu, il est facile d'être calme.

Mais lorsque la distance se réduit, que le partenaire accélère, que l'on est surpris ou que l'on reçoit un coup, notre véritable état intérieur apparaît.

C'est précisément là que le Dojo Kun devient concret.

La patience devient la capacité à ne pas réagir précipitamment.

L'esprit pacifique devient la capacité à ne pas transformer un exercice en affrontement d'ego.

Le respect signifie protéger son partenaire.

L'unité de l'esprit et de la technique signifie conserver une technique correcte même sous pression.

Le kumite devient alors un laboratoire extraordinaire de la maîtrise de soi.

Le Dojo Kun et le partenaire

Pour une ceinture noire, le partenaire n'est plus simplement quelqu'un avec qui pratiquer.

Il devient celui qui permet notre propre progression.

Sans partenaire, nous pouvons travailler une technique.

Avec un partenaire, nous découvrons si cette technique fonctionne réellement dans un contexte vivant.

Mais le partenaire nous révèle aussi nos défauts :

  • notre impatience ;
  • notre agressivité ;
  • notre peur ;
  • notre ego ;
  • notre manque d'attention ;
  • notre difficulté à nous adapter.

Il devient donc, paradoxalement, un miroir.

C'est pourquoi le respect du partenaire n'est pas une règle extérieure imposée par le dojo.

Il est une condition de notre propre progression.

Lorsque le Dojo Kun quitte le dojo

Le dernier principe constitue peut-être le véritable aboutissement :

Karate-dō no shinjō o seikatsu ni ikasu beshi.

Appliquer les principes du Karate-dō à sa vie quotidienne.

C'est ici que la notion de Dō — la voie prend toute sa profondeur.

Si le karaté reste limité au dojo, il demeure une activité physique.

Si les principes du karaté commencent à modifier notre manière de vivre, alors la pratique devient véritablement une voie.

La patience travaillée pendant un kata peut devenir patience face à une difficulté professionnelle.

Le contrôle travaillé pendant le kumite peut devenir maîtrise de soi dans un conflit.

Le respect du partenaire peut devenir respect de ceux qui pensent différemment.

La capacité à recommencer après un échec peut devenir persévérance dans la vie.

C'est peut-être cela, finalement, appliquer le karaté à la vie quotidienne.

Le véritable niveau d'une ceinture noire

Le grade est visible.

La maîtrise intérieure beaucoup moins.

On peut mesurer la connaissance d'un kata.

On peut évaluer une technique.

On peut attribuer un grade.

Mais il est beaucoup plus difficile de mesurer la patience, l'humilité, la capacité à rester calme ou la manière dont quelqu'un se comporte lorsqu'il n'a rien à gagner.

C'est précisément pourquoi le Dojo Kun reste nécessaire lorsque l'on devient ceinture noire.

Plus on progresse techniquement, plus l'exigence envers soi-même devrait augmenter.

La ceinture noire ne devrait donc pas être le signe que l'on sait tout.

Elle devrait plutôt être le signe que l'on a compris que l'on a encore beaucoup à apprendre.

En conclusion : six phrases, une seule voie

Le Dojo Kun du Shorei-kan peut être lu très simplement :

Sois respectueux.
Sois pacifique.
Sois patient.
Améliore-toi.
Unis l'esprit et la technique.
Transporte tout cela dans ta vie.

Pour le débutant, ce sont six règles qui permettent de comprendre comment se comporter dans un dojo.

Pour la ceinture noire, elles deviennent progressivement autre chose :

six questions que l'on peut se poser après chaque entraînement.

Ai-je été respectueux ?

Ai-je gardé un esprit pacifique ?

Ai-je été patient ?

Ai-je progressé humainement ?

Mon esprit et ma technique ont-ils travaillé ensemble ?

Et surtout :

Est-ce que ce que j'apprends au dojo change réellement ma manière de vivre ?

C'est peut-être là que commence véritablement le Karate-dō.

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